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Les grands patron rationnent volontairement la population
Written by admin on 5 mars 2008 – 17:24
Fedecámaras est au Venezuela l’association principale de chefs d’entreprises, de commerçant, de producteurs et d’intermédiaires privés (NDT ; Chambres et associations de commerce et de production, l’équivalent de notre MEDEF). Selon les mots de son président actuel, José Manuel González, ses membres fournissent 80% des aliments, biens et services que consomme le pays. Le président Hugo Chávez les a accusés publiquement d’être la cause du manque apparent de certains aliments qui affecte sensiblement le moral des Vénézuéliens. Fedecámaras le nie et accuse le gouvernement Bolivarien de provoquer cette pénurie en imposant le contrôle des prix et du change des devises étrangères.
Mais si Fedecámaras fournit 80% du Venezuela, comme l’a dit González, et si nous assumons que le Gouvernement couvre les 20% restant, qui a la plus grande capacité de provoquer la disparition massive des aliments dans les rayons des supermarchés ? Très certainement ceux qui produisent, vendent, échangent et stockent ; c’est-à-dire Fedecámaras.
Les membres de cette corporation ne se sont pas rendu compte qu’en se déclarant publiquement principal oligopole du pays ils s’accusaient directement et avec fierté en plus. De cette façon, ils ont dit au président qu’ils étaient la solution au problème qu’ils avaient créé, et qu’ils utilisent, au Venezuela et à l’extérieur, comme argument politique pour critiquer les mesures économiques socialistes qui se développent en 2008 avec une force inédite, fruit de la secousse électorale subie par la majorité en décembre dernier.
Cependant, la prétendue pénurie sur laquelle se fondent aujourd’hui les arguments politiques d’une bonne partie de l’opposition ne s’observe que dans les boutiques des chaînes de distribution et dans les supermarchés qui en conditions normales sont achalandés par les membres de Fedecámaras.
Dans les quartiers de la capitale vénézuélienne, de nombreuses coopératives distribuent à des prix abordables, lait, sucre, viande, poulet, riz et autres aliments de base importés d’urgence par le Gouvernement pour faire face à ce formatage d’opinion que l’opposition crée dans ses propres medias de communication. Ceci dans le dessein de nuire à la popularité et à la gestion d’Hugo Chávez, et de préparer le terrain pour les élections municipales de novembre prochain.
Mais, loin de porter préjudice aux politiques économiques populaires du Gouvernement, Fedecámaras a contribué au succès de missions comme celle pour l’alimentation, “Mercal”, qui se matérialise aujourd’hui en plus de trois mille points de vente d’aliments à des prix solidaires, sans prélèvements d’intermédiaires parasites. Ces missions sont en train de parfaire leur travail et établissent ce qu’elles n’ont pu faire en neuf années de révolution : une relation directe avec les agriculteurs socialistes auxquels chaque semaine depuis le début de l’année 2008 Chávez s’adresse dans son émission traditionnelle “Aló Presidente”.
Une autre cause pousse au succès des missions d’alimentation : l’entreprise “PDVAL” (Production et Distribution Vénézuélienne des Aliments) financée par PDVSA (Pétroles du Venezuela, SA) pour créer les conditions de production et de vente rapides, un véritable « “crochet au foie” à l’opposition qui prétendait transformer le découragement et la faim en votes contre Chávez.
Cette soi-disant pénurie n’a pas été la seule erreur de Fedecámaras dans la course de l’opposition pour capter les votes de Vénézuéliens crédules. Le président de cette corporation, José Manuel González, a lui-même demandé au Président Chávez “d’ouvrir l’économie”, voulant donner l’idée d’une économie fermée, monopolisée par l’Etat et soumise à de sévères contrôles.
S’il était venu à l’idée du Président Chávez d’ouvrir l’espace commercial aux géants de la distribution internationale d’aliments et de biens, comme le Français “Carrefour” ou le Chilien “Jumbo” parmi d’autres, je suis sûr qu’au bout d’un mois il ne serait resté au Venezuela aucun de ces lamentables “Cada”, “Central Madeirense”, ou “Excelsior Gamma”. Ces confrères de Fedecámaras se seraient écroulés comme des châteaux de cartes face à la force irrésistible du véritable monopole capitaliste transnational efficacement organisé.
Les exemples des expériences de la Colombie et du Chili sont suffisants pour démontrer comment ont disparu, au rythme de la voracité démesurée du capitalisme transnational, des familles centenaires de commerçants dont certaines très convenables et appréciées, comme la maison Carulla de Bogotá.
Ces commerçants vénézuéliens cependant ne se rendent pas compte que le meilleur commerce qu’ils pourront faire dans leur vie est un commerce juste avec une conscience nationale, qui les protégerait d’une ruine assurée au cas où se produirait l’improbable “ouverture” qu’ils demandent.
Dans la matinée du dimanche 24 février dernier, une étrange explosion s’est produite au siège principal de Fedecámaras à Caracas. La seule victime fut le poseur de bombe. Les autorités qui arrivèrent en premier sur les lieux furent des agents de la police municipale de “Chacao”, opposée au Gouvernement Bolivarien, qui, selon les autorités nationales, se rendirent coupables de graves violations de la scène du crime. Pour n’être qu’une “police administrative”, ils auraient dû seulement empêcher l’accès au site et attendre les experts en techniques médico-légales et criminelles pour qu’ils rassemblent les indices nécessaires à l’établissement de la vérité.
La police de Chacao a dit avoir trouvé sur le mort, une lettre prouvant ses liens avec la Police Métropolitaine de Caracas - ce qui affecte le Gouvernement - un poste de radio communications, et un communiqué d’un prétendu groupe révolutionnaire “Venceremos” dans lequel sont exposées des critiques majeures aux positions politiques de Fedecámaras.
Pour le journaliste Mario Silva, animateur de l’émission “La hojilla”, qui dénonce les manipulations d’opinion par les médias, il semble étonnant que 70% du corps de la victime soit atteint de brûlures, selon le rapport de la police de Chacao, alors que selon les mêmes sources, les objets qui ont été trouvés sur lui, radio, lettre et communiqué, sont en parfait état.
Lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Intérieur vénézuélien, Ramón Rodríguez Chacín, a dit « nous avons identifié les responsables de l’attentat et leurs mandataires ». Il a prévenu qu’il ne révèlerait pas les noms pour le moment, attendant les résultats d’autres recherches sur les causes des quatre derniers attentats à la bombe qui ont eu lieu à Caracas. « Ils ont commis les erreurs que nous attendions », a dit Chacín dévoilant l’existence d’un complot auquel participe l’opposition dans cette vague de violence peu ordinaire.
Vague dans laquelle se meut avec délicatesse Fedecámaras dont le Président en 2002, année du coup d’état contre le Gouvernement d’Hugo Chávez, s’autoproclama président du Venezuela et, dans un discours de neuf minutes, dissout tous les pouvoirs publics et les administrations pourtant élus par le peuple du Venezuela. C’est Pedro Carmona Estanga, que les Vénézuéliens appellent aujourd’hui avec sarcasme “Carmona le Bref” car son passage illégal de Fedecámaras à la présidence ne dura pas vingt-quatre heures.
traduction Laurent pour le Grand Soir
Tags: chavez, Fedecámaras, syndicats, venezuela
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Venezuela : Entre contrôle ouvrier et bureaucratie persistante
Written by admin on 25 octobre 2007 – 12:34Depuis près de huit mois, les travailleurs de Sanitarios Maracay gèrent leur usine sous contrôle ouvrier. Ils en demandent la nationalisation et proposent de vendre leur production de sanitaires à des prix préférentiels, pour les projets de constructions de logements sociaux lancés par le gouvernement. Cependant, malgré l’appel du président Chávez en 2005 à occuper et nationaliser les usines inactives, les obstacles sont nombreux et la plupart proviennent du propre appareil d’Etat.
par Sébastien Brulez
Le bâtiment annexe de l’Assemblée nationale vénézuélienne se dresse à deux pas de la Place Bolivar, en plein centre de Caracas. Dans la salle climatisée de la Commission de Développement social intégral, le fonctionnaire du ministère du Travail se sent de plus en plus mal à l’aise. Il tortille sur sa chaise et sa cravate semble l’étrangler : « Bon, si vous n’avez pas pu rencontrer le ministre cela n’est pas si grave. Vous pouvez discuter avec nous, de toute façon nous sommes tous révolutionnaires ».
Assis à côté de moi, le secrétaire syndical national du Parti communiste esquisse un sourire moqueur. « Tu vois, ça n’est pas pour rire, c’est la réalité de ce qui se passe ici », me chuchote-t-il à l’oreille.
Il faut dire que le représentant du ministère vient d’expliquer à la Commission qu’il n’a pas rencontré les travailleurs occupant l’usine mais par contre, il s’est réuni à plusieurs reprises avec le patron, Alvaro Pocaterra.
Les représentants des 500 travailleurs de Sanitarios Maracay n’en croient pas leurs oreilles. Leur cas résume un peu le phénomène auquel on assiste aujourd’hui au Venezuela. D’un côté, une population qui a pris conscience de ses droits, de sa condition et du processus de changements dans lequel elle s’est volontairement engagée. De l’autre, un appareil d’Etat qui reste en grande partie bureaucratisé et corrompu, vicié par 40 années de démocratie clientéliste.
Mais les huit années de révolution bolivarienne n’ont pas été capables d’éradiquer complètement ces pratiques. Comme le souligne le président Chávez en paraphrasant Antonio Gramsci : « La veille société qui n’en fini pas de mourir et la nouvelle société qui n’en fini pas de naître ».
Car pour José Pérez, membre du comité de mobilisation élu par les travailleurs de Sanitarios Maracay, ça n’est ni plus ni moins de cela qu’il s’agit. « Cette lutte est très importante au niveau politique et idéologique. Si nous gagnions ce combat, nous créerions un nouveau syndicalisme, un syndicalisme de classe », affirme-t-il.
Ce que demandent José et ses camarades c’est une nationalisation de l’entreprise sous contrôle ouvrier. Pas question de nommer un bureaucrate à la tête de l’usine ! Les décisions continueraient à se prendre comme à l’heure actuelle, via le comité d’entreprise élu directement par l’assemblée des travailleurs, à laquelle ce dernier rend régulièrement des comptes.
« Usine abandonnée, usine occupée »
Lorsque le 30 avril 2006, en plein conflit social, M. Pocaterra décide de déclarer son entreprise en faillite, les travailleurs de Sanitarios Macaray prennent l’appel du président au pied de la lettre. Ils s’organisent et maintiennent dans un premier temps les fours en fonctionnement. Par la suite, ils relancent eux même une partie de la production.
« Le patron nous accuse de délinquants mais c’est un mensonge. Si c’était le cas, tout cela n’existerait pas. Jusqu’à l’heure actuelle nous avons tout maintenu dans un état impeccable », affirme Fidel en me montrant le four cuisant les pièces de salles de bain à plus de 1 200 degrés.
Les premiers à quitter l’usine ont été les cadres, les ingénieurs et le personnel administratif. Ils négocient leurs prestations sociales avec le patron et le ministère du Travail. Parmi les ouvriers, certains ont abandonné la lutte et sont partis chercher un emploi ailleurs. Il faut bien nourrir la famille.
Les travailleurs font tourner l’usine mais ne bénéficient d’aucun statut légal pour écouler la production. De plus, les matières premières sont difficiles à obtenir, notamment à cause du boycott des entreprises qui voient d’un mauvais oeil cet exemple d’autogestion. Pour l’instant, on se contente donc de vendre les pièces produites à la communauté des environs. Pas de quoi gagner un salaire digne. A ses heures de gloires, l’usine employait 750 personnes et exportait salles de bain, lavabos et toilettes dans près de 13 pays d’Amérique latine.
Fidel, lui, travaille depuis 12 ans au contrôle de qualité. Il ne peut pas se permettre d’abandonner, à 44 ans ses chances de retrouver un emploi sont minces. Avant l’occupation de l’usine, il n’avait jamais vraiment fait de politique mais il s’y est mis, « pour défendre ses droits ».
« C’est comme un apprentissage », explique-t-il. Aujourd’hui il analyse la situation d’un oeil critique : « Ici nous avons un gouvernement révolutionnaire dans lequel il existe encore une bureaucratie qui favorise les capitalistes ».
La nécessité de changements structurels
En mars dernier, le député de l’Assemblée nationale et membre de la Commission de Contrôle, Eustoquio Contreras, soulignait toute la difficulté de « construire le socialisme et développer des changements structurels, tout en devant respecter les règles du jeu d’un Etat de droit bourgeois. Cela nous pose un grave problème de gouvernabilité. Car une chose est le ’quoi’ et autre chose est le ’quand’, ’comment’ et ’avec qui’ ».
« Nous avons passé les premières années [de gouvernement, ndlr] à construire le pouvoir. Mais les espaces laissés par les vieux partis de la démocratie représentative ont été occupés par des acteurs du processus bolivarien qui ne se sont pas toujours révélés suffisamment efficaces. Et aujourd’hui, quand le président Chávez se propose d’approfondir la révolution, il ne dispose pas des personnes avec qui mener à bien ce projet. Il se rend alors compte qu’il a besoin d’un instrument politique et lance la création du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) », expliquait Eustoquio Contreras.
Aujourd’hui la construction du PSUV est une réalité. Après un travail préalable de la Commission promotrice, des « propulseurs » ont sillonné le pays et ont recensé plus de 5 millions de futurs militants. Ceux-ci élisent actuellement leurs représentants qui participeront au congrès idéologique. Au départ prévu pour la mi-août, il été reporté au début septembre.
M. Chávez vient également de déposer son projet de réforme constitutionnelle devant l’Assemblée nationale, le 15 août dernier. Comme pour le PSUV, l’un des objectifs avancés est d’élaborer les instruments pour une participation plus active de la population. Actuellement les députés étudient la proposition et recueillent les apports de la population à travers ce qu’on appelle ici le « parlementarisme social de rue ». Après le feu vert de l’Assemblée nationale, le projet de réforme devra de toute façon être approuvé par référendum populaire.
Faisant allusion à la création du PSUV, M. Chávez a expliqué à plusieurs reprises qu’ « un arbre est en train de naître, nous devons en prendre soin afin qu’il grandisse droit, sans déviations ». Au delà du parti, c’est tout le processus de transformations sociales qui est concerné. Abandonner un modèle de développement pour en inventer un autre ne se fait pas sans risques ni sans contradictions, les travailleurs de Sanitarios Maracay en font l’expérience au quotidien. Mais seule une participation populaire véritable et effective pourra garantir la croissance de la graine d’espoir semée sur le continent latino-américain.
Note de la rédaction : depuis la rédaction de cet article, il semble qu’il y ait eu de nombreux changements dans l’usine. Un autre groupe d’ouvriers et d’employés en auraient pris le contrôle . Nos contacts sur place ne nous permettent pas de clarifier davantage la situation.
En cas de reproduction de cet article, veuillez indiquer les informations ci-dessous: RISAL - Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine
URL: http://risal.collectifs.net/
Source : Cet article a été publié dans Le Journal du Mardi, Bruxelles et sur La Voix du Sud (http://voixdusud.blogspot.com/) en août 2007. Il a été actualisé avant d’être publié sur le RISAL.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l’entière responsabilité de l’auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du Réseau d’Information et de Solidarité avec l’Amérique Latine (RISAL).
Tags: bureaucratie, chavez, syndicats, venezuela
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