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Terrorisme d’Etat en Colombie : Alvaro Uribe le dictateur

Written by admin on 4 mars 2008 – 19:07

Après le 11 Septembre 2001, le prétexte de l’intervention états-unienne en Colombie, qui était au départ le combat contre les drogues illégales, est devenue le combat contre la terreur. Bien que les trois groupes armés colombiens étaient sur la liste états-unienne des organisations terroristes, il est vite apparu que l’organisation de gauche Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) serait la cible préférée du gouvernement Bush. Le fait que Washington limite sa guerre contre la terreur aux FARC est assez curieux étant donné que les forces pro-gouvernementales ont commis davantage d’actes de terrorisme contre la population civile que les guérillas de gauche.

Bien que le nombre d’homicides ait baissé de façon significative ces dernières années, c’est la baisse des assassinats criminels qui joue beaucoup dans cette réduction. Il n’y a guère eu de changement dans le nombre de morts de civils en rapport avec le conflit armé. Selon l’organisation colombienne CERAC (Centro de Recuros para el Analisis de Conflictos), les militaires colombiens et leurs alliés paramilitaires d’extrême droite pris ensemble sont responsables de 58% des assassinats de civils en rapport avec le conflit durant ces seize dernières années. Cependant Washington oriente sa guerre anti-terreur contre les FARC, organisation de gauche, à la suite du 11 Septembre.

Moins de trois semaines après les attaques terroristes contre New York et Washington, le sénateur démocrate de Floride Bob Graham a commencé une campagne pour présenter les FARC comme une menace terroriste internationale de grande importance : « Les FARC font la même chose que les terroristes qui agissent à l’échelle globale, c’est-à-dire, ils s’organisent en petites cellules qui n’ont pas de contact les unes avec les autres, et pour les attaques ils dépendent du financement et de la logistique d’un commandement central. C’est le même genre d’opérations que Ben Laden. »

En octobre 2001 le responsable du contre-terrorisme au département d’Etat des Etats-Unis Francis X. Taylor, dans le même esprit que le sénateur Graham, a déclaré que la stratégie de Washington pour combattre le terrorisme dans l’hémisphère occidental inclurait, « lorsque c’est approprié, comme nous le faisons en Afghanistan, l’utilisation de la puissance militaire ». Taylor a écarté les doutes quant à ce qu’il considère comme une cible « appropriée » en déclarant que les FARC « sont l’organisation terroriste internationale la plus dangereuse existant dans l’hémisphère occidental ».

Le patron de Taylor, le secrétaire d’Etat états-unien Colin Powell, avait pour sa part déclaré au Comité sénatorial chargé des relations étrangères que les FARC appartiennent à la même catégorie qu’Al Qaïda : « Il n’est pas difficile d’identifier [Osama ben Laden] comme un terroriste et de rallier tout le monde contre lui. Maintenant il y a d’autres organisations qui ont probablement les mêmes caractéristiques. Les FARC en Colombie nous viennent à l’esprit. »

A la fin du mois d’octobre 2005 le sénateur Graham réitérant ses accusations a déclaré que la Colombie devrait être le champ de bataille principal de la guerre à la terreur. Selon le sénateur de Floride il y a eu environ 500 incidents de nature terroriste commis dans le monde contre des citoyens ou des intérêts états-uniens durant l’année 2000, et « sur ces 500 incidents, 44% se sont produits dans un seul pays. Etait-ce l’Egypte ? Non. Israël ? Non. L’Afghanistan ? Vraiment pas grand-chose. Les 44% c’était en Colombie. C’est là que la guerre terroriste fait rage ».

Ce que Graham oublie de mentionner c’est que la grande majorité des attaques « terroristes » contre les Etats-Unis commises par les guérillas colombiennes consistaient en explosions de pipelines utilisés par les entreprises états-uniennes. En d’autres termes, les attaques visaient les intérêts des transnationales états-uniennes et non les civils états-uniens. En fait le sénateur floridien négligeait de signaler que ces attaques n’ont pas tué un seul citoyen états-unien en l’an 2000, l’année à laquelle Graham faisait référence.

La campagne de dénigrement contre les FARC s’est avérée payante lorsque le Congrès des Etats-Unis a approuvé une loi anti-terroriste avec un budget de 28 milliards en juillet 2002 comprenant une aide supplémentaire de 35 millions pour la Colombie. Cette loi supprimait au passage les conditions qui limitaient l’aide pour la guerre à la drogue aux opérations anti-narcotiques, permettant dès lors son utilisation dans les opérations contre-insurrectionnelles. L’année suivante, le gouvernement Bush a donné à la Colombie 93 millions de dollars en aide anti-terroriste et a déployé les Forces spéciales de l’armée états-unienne dans le pays sud-américain.

Le gouvernement Bush avait clairement désigné les FARC comme la principale menace terroriste internationale en Colombie. Cependant cela faisait aussitôt surgir deux problèmes. Premièrement les opérations militaires des FARC sont confinées à la Colombie ; et il est donc difficile de les considérer comme une organisation terroriste internationale étant donné qu’elles représentent une menace pour les intérêts politiques et économiques des Etats-Unis en Colombie et non sur le territoire états-unien. Le deuxième problème c’est le fait que le gouvernement Bush a ignoré la violence perpétrée par l’Etat colombien et ses alliés paramilitaires, lesquels sont nettement plus impliqués dans le narcotrafic que les FARC.

Globalement les acteurs armés en Colombie peuvent être classés en deux groupes : un groupe qui essaie de défendre le gouvernement et le statu quo politique et économique, et l’autre groupe qui cherche à renverser le gouvernement. Dans le premier groupe il y a les militaires et les paramilitaires d’extrême droite Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), qui sont responsables respectivement de terrorisme d’Etat et de terrorisme soutenu par l’Etat.

Dans le deuxième groupe il y a les FARC et une autre force de gauche plus petite, l’Armée de Libération Nationale (ELN), dont les attentats contre les populations civiles peuvent être considérés comme des actes commis par des organisations terroristes. Sur la base de cette simplification des groupes armés aux prises dans le conflit colombien, les actes de terrorismes commis contre la population civile peuvent être divisés en deux catégories : pro-gouvernementaux et anti-gouvernementaux.

Selon la définition du terrorisme, l’emploi ou la menace de l’emploi de la violence contre des civils afin d’obtenir des avantages politiques, on peut déterminer le degré de violence contre la population civile perpétrée par chacun des acteurs armés. Cette analyse se concentrera dans un premier temps sur les assassinats, les kidnappings, les détentions arbitraires et les « disparitions » forcées depuis 2002, l’année où le gouvernement Bush a commencé à apporter une aide anti-terroriste à la Colombie et année où le président Alvaro Uribe est entré en fonction… Cette analyse ne prendra pas en compte les attaques contre les infrastructures et les autres cibles économiques qui ne provoquent pas de victimes civiles. Par définition ces attaques relèvent du délit de dégradation et non du terrorisme.

Selon le CERAC ces dernières années à peu près la moitié des attaques de la guérilla visent à entraver le déroulement de la vie économique colombienne, ce qui « suggère que les guérillas ne sont pas, comme on veut souvent le faire croire, uniquement intéressées par l’enrichissement basé sur le narcotrafic. Elles semblent vraiment rechercher le pouvoir politique, le pouvoir local à court terme et le pouvoir national à long terme ». De même l’envoyé spécial de l’ONU en Colombie James Lemoyne avait émis une mise en garde en mai 2003 selon laquelle il serait « erroné de penser que les membres des FARC ne sont que trafiquants de drogue et des terroristes », tandis que la distribution inéquitable de la richesse se traduit par le fait que 64% de la population vit dans la pauvreté.

Alors que les guérillas ont perpétré des attaques contre des non-combattants, les paramilitaires d’extrême droite en Colombie ont au cours de l’histoire tué plus de civils que les guérillas. De plus, selon le CERAC, la différence entre le nombre de civils tués par les paramilitaires et le nombre de civils tués par les guérillas a augmenté depuis 1998. La Commission Colombienne de Juristes (CCJ) a aussi souligné le fait qu’il y a plus de civils tués par les paramilitaires que par les guérillas. Par exemple, 6 978 personnes ont été tuées en raison du conflit durant la première année du gouvernement Uribe Vélez, ce qui fait 19 personnes par jour. La CCJ a établi que les paramilitaires étaient responsables d’au moins 62% de ces morts, plus du double de celles dont la responsabilité est attribuée aux guérillas.

Par ailleurs un rapport des Nations Unies, de février 2006, a souligné que le nombre de civils tués par les forces gouvernementales a augmenté durant l’année 2005. Beaucoup de ces morts étaient des exécutions extra-judiciaires commises par des soldats ou par des policiers qui souvent revêtaient les corps d’habits de guérilleros pour les présenter comme morts au combat. Le rapport des Nations Unies signale qu’ « on connaît des cas où les commandants eux-mêmes ont soutenu ce procédé qui consiste à habiller les victimes avec des vêtements de guérilleros pour cacher les faits en simulant un combat ».

Les attaques paramilitaires ont aussi fortement augmenté en 2005 et le chiffre a atteint le double de celui des deux années précédentes, malgré le supposé cessez-le-feu et la supposée démobilisation de 15 000 paramilitaires. Le CERAC souligne que l’augmentation des attaques paramilitaires « ne peut pas être attribuée à quelques groupes qui ne négocieraient pas leur désarmement et leur démobilisation avec le gouvernement. Au contraire, cela correspond globalement aux régions où sont implantés les groupes en négociation ».

La conclusion du CERAC indiquant que la violence paramilitaire augmente malgré le processus de « démobilisation » corrobore les études d’Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits humains. En septembre 2005 Amnesty International avait noté que beaucoup de paramilitaires « démobilisés » s’étaient tout simplement restructurés et qu’ils continuaient leurs pratiques violentes. Cela est particulièrement inquiétant si on pense qu’Uribe Vélez a récemment déclaré que 15 000 ou 20 000 paramilitaires démobilisés travailleront bientôt comme des « auxiliaires civils » de la police et que leurs responsabilités incluront des patrouilles sur les routes et le maintien de l’ordre de façon générale.

Les chiffres ci-dessus mentionnés montrent clairement que les paramilitaires sont les principaux responsables des attentats fatals contre la population civile - tendance qui se poursuivra probablement vue l’augmentation des assassinats commis par les paramilitaires l’an passé. Si on regarde le nombre croissant de civils tués par les forces gouvernementales, le terrorisme d’Etat et le terrorisme soutenu par l’Etat pris ensemble sont responsables d’environ les deux tiers des assassinats de civils en rapport avec le conflit colombien.

Les forces pro-gouvernementales sont également responsables d’une grande proportion des « disparitions » forcées. Selon l’Association des familles des personnes détenues et disparues (ASFADDES), 3 593 personnes ont « disparu » par la force durant les années 2002 et 2003. Le département d’Etat des Etats-Unis a lui-même reconnu que « les paramilitaires sont responsables de la plupart des disparitions forcées ».

Par contre les guérillas sont responsables d’un plus grand nombre d’enlèvements que les paramilitaires. Selon l’ONG colombienne País Libre, 1 441 personnes ont été kidnappées en 2004. País Libre a déterminé que les organisations armées sont responsables de 41% des enlèvements, tandis que les 59% restants sont l’œuvre de criminels de droits communs et d’acteurs indéterminés. Les FARC étaient responsables de 22% des enlèvements, soit environ 320 cas. L’ELN de son côté était responsable de 9% des enlèvements et les paramilitaires de 10%.

L’un des aspects les plus troublants du terrorisme d’Etat pendant le gouvernement d’Uribe Vélez c’est la forte augmentation des détentions arbitraires, lesquelles rappellent celles qui se commettaient dans le Cône Sud dans les années 1970. Selon la coalition non gouvernementale colombienne CCEEU (Coordination Colombie-Europe-USA) et l’OCA (Observatoire Colombien de l’Administration), les forces de sécurité de l’Etat ont réalisé 6332 détentions arbitraires entre août 2002 et août 2004. Ces deux organisations soulignent que ces détentions et les interrogatoires postérieurs étaient menés sur la base d’informations fournies par des informants payés et que la justice n’avait pas vérifié la validité de ces informations avant les arrestations. Etant donné que l’Etat les a accusées d’être des « subversifs », les personnes arrêtées risquent de « disparaître » ou d’être tuées par les paramilitaires quand elles sont libérées.

En 2005, le directeur du bureau du Haut commissaire de l’ONU pour les droits humains en Colombie, Michael Frühling, a annoncé que son bureau « a remarqué avec inquiétude que les détentions arbitraires représentent, aussi bien par leur quantité que par leur fréquence, l’une des plus préoccupantes violations des droits humains dans le pays ». Frühling notait en plus que l’ONU « est également préoccupée par les détentions en masse, et par les arrestations de personnes sans base juridique, qui touchent fréquemment les membres des secteurs les plus exposés tels que les avocats défenseurs des droits humains, les leaders communautaires, les syndicalistes et les gens qui vivent dans des zones où les organisations armées sont présentes ».

Les chiffres donnés dans cet article illustrent clairement que le terrorisme d’Etat et le terrorisme soutenu par l’Etat sont responsables de la majorité des attaques contre la population civile. Le gouvernement et les paramilitaires sont responsables de deux tiers des morts de civils dans le conflit colombien. Et, comme le département d’Etat des Etats-Unis le concède, les paramilitaires sont également les principaux exécuteurs des milliers de « disparitions » forcées qui se produisent tous les ans. Le gouvernement quant à lui est responsable de 100% des arrestations arbitraires qui se sont produites depuis l’entrée en fonction d’Uribe Vélez. Les kidnappings sont la seule catégorie où les guérillas, principalement les FARC, arrivent en tête.

Le gouvernement états-unien et le gouvernement colombien ont réussi à focaliser l’attention sur les activités des FARC, faisant de l’organisation guérillera la cible principale de la guerre à la terreur en Colombie. Les medias dominants aussi bien aux Etats-Unis qu’en Colombie, tout d’abord parce qu’ils s’appuient principalement sur les sources officielles, ont contribué de façon significative à ce que les FARC soient perçues comme la plus importante menace terroriste.

Les Etats-Unis fournissent donc tous les ans des centaines de millions de dollars en aide militaire aux principaux responsables d’actes terroristes en Colombie. Vus les chiffes mentionnés ci-dessus, il est difficile de conclure que le véritable objectif de la guerre de Washington c’est effectivement de combattre le terrorisme. Une explication plus plausible c’est que le gouvernement Bush protège militairement les intérêts politiques et économiques des Etats-Unis en Colombie sous le déguisement de la guerre à la terreur.

Garry Leech

- Traduction : Numancia Martinez Poggi

- Source : ColombiaJournal www.colombiajournal.org

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Vérités sur Alvaro Uribe

Written by admin on 4 mars 2008 – 17:21

Difficile de ne pas réagir à l’article de Jacques Thomet “La vérité sur les FARC sort enfin” (Le Monde, 9 janvier). Pour qui connaît un tant soit peu la situation colombienne, sa lecture ne peut que provoquer stupeur et colère. Dressant un portrait particulièrement élogieux d’un président colombien qui aurait tout tenté pour libérer les otages aux mains des FARC, l’auteur y lance des accusations contre la famille d’Ingrid Betancourt.

Selon cet ancien directeur de l’AFP en Colombie, le président Alvaro Uribe Velez aurait été victime d’une opération de “diabolisation” orchestrée par le gouvernement et les médias français. La famille d’Ingrid Betancourt est accusée d’avoir constamment “vilipendé” le président colombien tout en dédouanant la guérilla de sa responsabilité dans les enlèvements de civils. Qui peut croire que la famille d’Ingrid Betancourt n’a jamais condamné la cruauté et l’injustice des FARC ? Tout au long de ces années, les proches de l’ancienne sénatrice franco-colombienne ont toujours dénoncé cette pratique abjecte des enlèvements. Les FARC ont depuis longtemps perdu tout crédit politique en généralisant les kidnappings.

Personne ne conteste cette dérive criminelle de la guérilla, qui commence dans les années 1980 quand elle décide de se financer grâce à l’argent du trafic de drogue qui inonde le pays. Les FARC se coupent alors du reste de la société colombienne, leur projet révolutionnaire laisse place à une lutte purement militariste. Ce combat pour accroître leur emprise territoriale s’accompagne dès lors de violations massives des droits de l’homme. Aujourd’hui, personne ne défend sérieusement la vision d’une guérilla “romantique” en Colombie. L’épisode du petit Emmanuel est un exemple supplémentaire du cynisme dont est capable ce mouvement. Cette vérité sur les FARC n’a donc jamais été occultée, comme le prétend Jacques Thomet, qui tente de faire apparaître le président colombien comme un démocrate exemplaire, victime des mensonges des FARC relayés à l’étranger par la famille Betancourt et les autorités françaises.

Mais cette présentation de la situation colombienne, véritable panégyrique pro-Uribe, ne résiste pas à l’examen. Pour s’en convaincre, il faut revenir sur le parcours du président colombien. Car, contrairement à la thèse qu’avance Jacques Thomet, la violence politique qui ravage la Colombie ne se résume pas aux seules FARC. Depuis vingt ans, sous prétexte de lutter contre la guérilla, des milices paramilitaires d’extrême droite ont commis des crimes de masse contre la population. Ces derniers mois, des fosses communes ont été découvertes dans toutes les régions du pays. Le procureur général de Colombie a affirmé qu’elles pourraient contenir les restes de près 10 000 civils assassinés par ces groupes paramilitaires.

Leaders populaires, syndicalistes, juges, défenseurs des droits de l’homme, journalistes : les paramilitaires se sont attaqués à toute forme d’opposition politique ou sociale avec une cruauté inouïe. La presse colombienne a révélé comment les chefs paramilitaires ont généralisé la torture en formant leurs hommes à démembrer vivantes leurs victimes.

Les derniers rapports d’enquête d’Amnesty International, de Human Rights Watch ou de la FIDH montrent comment les forces de sécurité colombiennes ont encadré, coordonné, voire participé, aux massacres paramilitaires. Les témoignages des victimes sont concordants, massifs, accablants. Des officiers supérieurs de l’armée ont “sous-traité” aux milices le soin de mener cette guerre “sale” en toute impunité.

Mais les paramilitaires ne se sont pas cantonnés à ce travail de répression, ils ont bâti une redoutable organisation mafieuse qui contrôle l’essentiel du trafic de cocaïne vers les Etats-Unis et l’Europe. En s’infiltrant dans l’appareil d’Etat, les paramilitaires ont pu faire prospérer leur trafic et généraliser le détournement de fonds publics grâce à la complicité d’une partie de la classe politique au pouvoir. Or ce qu’omet de dire Jacques Thomet dans son article, c’est que la carrière du président Uribe est étroitement liée à cette expansion du narco-paramilitarisme. Dans un rapport de la DIA (Defense Intelligence Agency) datant de 1991, les services de renseignement militaire américains présentaient Alvaro Uribe Velez, alors sénateur au Congrès, comme un “politicien collaborant avec le cartel de Pablo Escobar aux plus hauts niveaux du gouvernement”. Quelques années plus tard, en tant que gouverneur de la région de Medellin, Alvaro Uribe Velez autorise la formation de coopératives de sécurité privée servant en réalité de couverture légale à des groupes paramilitaires peuplés de tueurs de la mafia. Dans son article, Jacques Thomet écrit que le père du président colombien a été abattu par les FARC. Certes, mais pourquoi ne mentionne-t-il pas que ce dernier était lié à certains parrains de la drogue du cartel de Medellin, que l’on a retrouvé un hélicoptère appartenant à la famille Uribe dans un immense laboratoire de cocaïne ? Pourquoi ne pas rappeler que l’ancien chef des services de renseignement, un proche du président Uribe, est actuellement détenu pour sa collaboration active avec les paramilitaires ? Pourquoi omettre le fait que les paramilitaires ont joui du soutien de larges secteurs de la classe politique colombienne ? Cette année, malgré les menaces, les juges de la Cour suprême ont ordonné l’arrestation de quatorze députés et sénateurs. Tous sont des proches du président Uribe. Ils sont accusés d’avoir truqué des scrutins électoraux, ordonné des assassinats et servi les intérêts des groupes paramilitaires depuis le Parlement.

Depuis 2005, le président Uribe a tout mis en oeuvre pour parvenir à une amnistie générale des paramilitaires en adoptant la loi dite de justice et paix. Cette législation prévoit, en effet, pour les responsables de ces crimes contre l’humanité des peines dérisoires en échange de leur démobilisation. La situation colombienne est complexe, sa violence, multiforme, parfois difficile à décrypter. Mais présenter la guérilla comme le “diable” et tenter de blanchir un président colombien compromis dans l’entreprise criminelle du paramilitarisme est quelque chose d’inacceptable. Exiger la libération d’Ingrid Betancourt et de tous les otages retenus dans des conditions inhumaines par la guérilla ne peut servir à exonérer l’Etat colombien de sa responsabilité dans le déchaînement de violence existant dans le pays.

Nicolas Joxe, réalisateur, est l’auteur du documentaire “Ils ont tué un homme. Crimes paramilitaires en Colombie”. (Diffusion Arte 2005.)

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[Drogues] Alvaro Uribe est lié au trafic de cocaïne

Written by admin on 4 mars 2008 – 17:16

Alvaro Uribe - traficant de droguePablo Escobar a-t-il été le parrain politique d’Alvaro Uribe ? Un document des services secrets militaires étasuniens publié lundi par Newsweek a relancé la polémique sur les liens douteux entretenus par le clan du président colombien. Dans ce rapport dressé en 1991, M.Uribe –alors sénateur– est présenté comme un « ami proche » et un « collaborateur » de feu Pablo Escobar, grand patron du Cartel de Medellin décédé en 1993. A en croire l’hebdo étasunien, le jeune Uribe aurait même fait ses premières armes en politique lors de la campagne électorale qui mena le mythique narcotrafiquant, alors au faîte de sa gloire, à la Chambre des représentants. Bogotá et Washington ont immédiatement réagi, en minimisant la portée du document. L’affaire n’en est pas moins gênante pour un Alvaro Uribe empêtré dans ses négociations avec les paramilitaires et déjà préoccupé par son éventuelle réélection en 2006. Le président se serait d’autant mieux passé de figurer dans ce véritable Who’s who du narcotrafic qu’il est régulièrement accusé de collusion avec les milices d’extrême droite, elles aussi fortement impliquées dans la production de cocaïne. Surtout que, cette fois, le brûlot cité par Newsweek n’émane pas d’un quelconque groupuscule gauchiste, mais de la Defense Intelligence Agency (DIA), l’équivalent militaire de la CIA.

Contre les extraditions

Rédigé en 1991, mais tenu secret jusqu’en mai dernier, le rapport dresse la liste d’une centaine de personnes qui seraient liées au trafic de cocaïne. Le futur président colombien y figure en 82eplace en ces termes peu ambigus : « Politicien et sénateur spécialisé [dedicated] dans la collaboration avec le Cartel de Medellin dans les plus hauts niveaux gouvernementaux » ! Selon les limiers du DIA, cet « ami proche » de Pablo Escobar aurait non seulement « travaillé » pour son Cartel, mais aurait aussi été « lié » à une « entreprise impliquée dans le narcotrafic aux USA ». La note rappelle d’ailleurs que le jeune et prometteur sénateur était alors un farouche adversaire du traité d’extradition antidrogue que la Colombie s’apprêtait à signer avec Washington. Last but not least, le rapport disqualifie la tant vantée épopée familiale, selon laquelle Alfredo Uribe, père d’Alvaro et grand propriétaire terrien disparu en juin 1983, aurait été tué en résistant à une tentative d’enlèvement par la guérilla des FARC. Le document de la DIA soutient en effet qu’Alfredo Uribe a été « assassiné pour ses liens avec les narcotrafiquants ».

Maigre consolation, le président colombien figure en fort bonne compagnie sur la liste étasunienne, puisque, outre Pablo Escobar et ses hommes de main, on y trouve des politiciens, des avocats, des hommes d’affaires, le Cubain de Miami Leonel Martinez, deux membres de l’ETA, quelques guérilleros et « paras » colombiens, un insurgé péruvien, le chanteur Carlos Vives et l’ex-président panaméen Manuel Noriega !

Démentis

La présidence colombienne a immédiatement réagi à la publication du document par Newsweek, estimant que ces accusations étaient anciennes et que M.Uribe les avait déjà démenties lors de sa campagne électorale victorieuse de 2002. Bogotá indique en outre « étudier » l’opportunité d’une plainte contre l’hebdo étasunien.

Sur le fond, toutefois, la présidence s’est contentée de réitérer sa version de la mort d’Alfredo Uribe et de souligner que jamais la Colombie n’avait extradé autant de narcotrafiquants vers les USA que sous la présidence d’Alvaro Uribe. Celui-ci a d’ailleurs reçu le soutien sans réserve de Washington, qui souligne la « bonne coopération » antidrogue des autorités colombiennes. Et s’il a authentifié le document de la DIA, le Pentagone a averti que cette note contenait « de l’information brute non encore évaluée ». Une version accréditée par la presse colombienne, qui a relevé quelques inexactitudes manifestes dans le document.

« Exact à 95% »

Interrogé par Radio Caracol, Joseph Contreras, l’auteur de l’article, s’est dit « surpris » qu’Alvaro Uribe n’ait même pas voulu contester ses présumés liens avec le Cartel et surtout avec son parrain. S’il a admis que le document de la DIA contient effectivement des erreurs factuelles, le journaliste assure avoir « vérifié minutieusement » son contenu et affirme que « 95% ou 96% » de son contenu est avéré. Auteur d’un récent livre-enquête sur le président colombien, Joseph Contreras a aussi rappelé que l’amitié de Pablo Escobar pour le père d’Alvaro Uribe était de notoriété publique, le parrain de Medellin ayant affrété un hélicoptère et publié divers encarts dans la presse lors de l’enterrement du latifundiste.

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